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mardi, 18 septembre 2007

V.

J'ai déjà effleuré le souvenir de V.
ici.
C'est une histoire qui remonte à tout juste vingt ans. Vingt ans que je connais V., vingt ans que l'on s'écrit. Ainsi, ce que je lui disais doucement, alors qu'elle pleurait dans mes bras, le dernier jour, alors que je quittais l'ile s'est averé exact " Tu sais, tant qu'on s'écrit, on ne se perd pas ".
V. est une des personnes les plus importantes de ma vie.
Elle avait 18 ans quand on s'est connu.
Nous habitions à 800 km l'un de l'autre, mais quelques mois plus tard, l'envie de se retrouver etait plus forte ... et puis, la vie, la distance, mais avec V. on a continué à s'aimer. Rien ne pouvait faire qu'on cesse de s'aimer. On s'est revu dans l'ile, il y a quinze ans. Elle etait encore plus belle qu'avant. Mais je vivais avec quelqu'un d'autre.
Qu'importe, on a continué à s'écrire. Il y a eu quelques interruptions, parfois un ou deux ans sans s'écrire. Mais on ne s'est jamais perdu. J'aurais aimé la revoir mais elle n'a jamais voulu.
Quand j'ai su que j'allais avoir un enfant, c'est la première personne à qui j'ai voulu le dire. Elle m'a répondu un mot tellement touchant et adorable.
Je ne sais pas pourquoi sa vie sentimentale n'a pas été plus belle. Elle a vécu seule très longtemps, entrecoupé d'amours passagères. Ils faisaient quoi les mecs pour ne pas arriver à se faire aimer d'une fille aussi belle et intelligente que V. ?
Quand je suis retourné dans l'ile, l'an passé, je ne pensais qu' à elle. Je pensais à la plage, au premier soir avec elle. On avait failli rouler dans le feu. Je lui ai écris une carte postale où je lui disais que j'etais dans l'ile.
Et puis en rentrant,j'ai écris cette note " Rue de la malentreprise".
Le soir de cette note, il y avait une lettre d'elle. J'etais heureux qu'elle réponde aussi vite. Ses lettres ont toujours été des fêtes.
Je la lis, je lis ses démélés professionnels, V. est prof de gym, elle raconte, je le retrouve toujours dans ses lettres. Notre complicité et notre tendresse sont restées intacts malgré les années. Et puis sa lettre bascule dans l'horreur.
Soudain, la paralysie faciale, elle ne voit plus très bien, elle vomit sans cesse, les urgences, le scanner du cerveau, pour confirmer ce que les médecins soupçonnent déja, et c'est la première poussée et elle est violente, il faut frapper fort, pour qu'elle ne soit pas handicapée dès maintenant. V. est atteinte de sclérose en plaque. Au moment, où elle m'écrit, elle a retrouvé la mobilité de son visage, elel voit trouble parfois et a quelques pertes de mémoire. Les traitements ont été assez efficaces. Mais elle est entrée dans une autre vie. C'est une saloperie de merde de maladie. Sa vie est désormais suspendue à une évolution qu'elle ne connait pas, que personne ne peut prévoir.Elle me dit:A 37 ans, j'entre dans l'âge des économies, économiser les potentialités qu'il me reste et que je peux perdre par petit ( ou gros) bouts à tout moment.
La sclérose agit par poussée et personne ne peut lui dire quand sera la suivante et ce qu'elle lui laissera. Chaque sclérosé suit son propre chemin de croix. Elle, qui est prof de gym, ceinture noire de judo, elle qui eveillait le regard de tous les hommes sur la plage, qui sait ce que sera sa vie, desormais ? La sclérose est une épée de Damoclès qui attaque tout, à son rythme, ce peut être les yeux, les muscles, la mémoire...
Je lis sa lettre comme un cauchemar. Je lui demande si elle veut que je vienne la voir. Je sais que c'est peut-etre la dernière fois que je pourrais la voir. Elle ne voulait pas quand elle etait, en pleine santé, alors comment voudra-t'elle plus tard, quand la maladie l'aura réduite en bouillie. Mais je ne la verrai pas. Je ne la verrai donc plus jamais sans doute. N'est-ce-pas étrange de savoir qu'on ne verra plus jamais quelqu'un qu'on aime ?
C'est une des personne les plus importantes de ma vie et je m'inquiète pour elle. En Juillet, elle m'a écris, elle avait eu une nouvelle petite poussée, mais cela allait. Elle craignait la rentrée ou elle reprenait son poste de prof à plein temps. La sclérose se nourrit de la fatigue. Je supporte mal l'idée que son corps sera meurtri, sans retour en arrière, toujours plus, jusqu'au calvaire.
Après la mort de Catherine, mon amie de plus de vingt ans, il y a deux ans, voilà que le sort s'attaque maintenant à V. ALors J., mon meilleur pote, mon presque-frère qui a bien résumé la situation. Il me dit d'un ton moqueur, qu'il fait pas bon me connaitre depuis 20 ans! Il n'y a que lui, pour me dire des conneries pareilles et me faire sourire quand même. Mais c'est vrai, Catherine et V. sont les personnes les plus importante de mes vingt ans, alors par moment il est difficile de ne pas croire que la vie est une fichue garce.
Je suis quelqu'un de fondamentalement optimiste, je me crois très chanceux et j'ai une grande disposition au bonheur. Alors j'ai developpé une sorte de superstition qui me fait croire que rien de grave ne m'arrivera, personnellement. Mais je voudrais que Dieu, s'il veut que je me mette à croire un peu en lui, cesse de s'attaquer à mes amies, si c'est pas trop lui demander.

Commentaires

Ecrit par : Charl' | mardi, 18 septembre 2007

Gaspard tu as une relation très particulière avec les femmes et une extraordinaire capacité de tendresse : c'est pour ça qu'on aime ton blogue.
Tu ne te caches pas derrière la dérision, le cynisme ou autres attitudes machistes (rempart et protection).
Et tu sais dire la souffrance sans mièvrerie : ce qui est rare !

Ecrit par : Rosa | mardi, 18 septembre 2007

Vite, je compte sans comptercar je sais, mais ouf quand même, ça ne fait pas 20 ans que je t'aime, mais tu sais combien je partage ta philosophie de vie, ton envie de bonheur, ton non nihilisme et aussi toutes les saloperies de maladie qui déciment autour de moi. Je comprends plus que tu ne crois (car je ne t'ai pas tout dit, je te préserve l'ami), mais la SEP et le refus de se montrer, même aux amies les plus proches, je connais pour le vivre et l'avoir vécu. C'est dur de respecter ces choix, mais c'est bien de le faire même si après on traîne nos casseroles, pendant des années... mais il faut malgré tout croire au bonheur et le vivre pour elles, justement, s'il fallait une raison supllémentaire pour le faire la voilà, mais je sais que tu n'en as pas besoin. Faut bien se raccrocher à quelque chose...

Ecrit par : Pascale | mardi, 18 septembre 2007

Il est vrai qu'on aimerait bien trouver une explication à tout, surtout à ce genre de nouvelles. Alors que Dieu "apparaisse" ici, sans ta virulence habituelle, ne m'étonne que très peu :-)
Bise.

Ecrit par : Caroline | mardi, 18 septembre 2007

Quelle chance elles ont, les femmes, d'avoir un ami tel que toi! Perso, aucun de mes amis hommes connus il y a longtemps ne se soucie de ce que je deviens.

Ceci étant dit, je suis très triste pour toi... pour elle... je ne sais pas bien quoi dire, juste que je suis émue. Je ne crois pas en Dieu non plus. Sinon il ne m'aurait pas arraché mon père d'une saleté de cancer quand j'avais 16 ans. (quoique... peut-on savoir?)

J'ai une meilleure amie espagnole qui a disparu d'un cancer des os l'année dernière. Nous ne nous voyions plus depuis près de 15 ans (elle faisait partie de la famille de mon ex, par égard pour mon mari, je n'aurais pas pu aller la voir) mais nous n'avons pas cessé de nous écrire, de nous envoyer des photos, puis des mails quand j'ai eu un ordi. (elle écrivait en espagnol, moi en français) Nous nous sommes écrit jusqu'au dernier jour.

En tout cas, vous avez mes meilleures pensées, tous les deux.

Ecrit par : nathalie | mercredi, 19 septembre 2007

merci de votre gentillesse.
A vrai dire, je ne pensais pas écrire sur elle. Mais j'ai lu un blog, ou une fille raconte le moment ou elle découvre sa SEP. Elle a une jolie bouille tout juste sortie de l'enfance, et cela lui tombe dessus...
Alors, j'ai écris sur V., pas vraiment par besoin de consolation, mon petit monde a déjà bien fait les choses, mais plutôt dans l'espoir vain que les gens qui connaitront ainsi un peu V. et son histoire, l'imagineront peut-etre sur une plage de l' ile d' O., et la trouveront infiniment belle, et en pensant un peu à elle comme ça, lui donneront un peu de force pour affronter ce qui vient ...
(même si je sais que chacun a déja son lot d'histoires insupportables... e la nave va ... )

Ecrit par : gaspard | mercredi, 19 septembre 2007

Tu vois que tu sais vraiment parler aux femmes...
Bon j'ai lu ta présentation du livre de Pamuk et c'est intéressant d'avoir ce point de vue de qqun venant de culture musulmane.
Je le lirai certainement car cela fait parti de mes petites obsessions récurrentes...

Ecrit par : Rosa | mercredi, 19 septembre 2007

Salut, Gaspard
Je lis de moins en moins de choses sur les blogs...un peu lassé. Mais là, c'est un texte qui marque. Je suis comme toi, parfois, je me demande ce qu'il fiche, Dieu, à quoi il peut bien jouer...Drôle de bonhomme. Enfin, pas si drôle en fait. Ou alors son administration déconne complèteent, ils mélangent les dossiers...c'est peut être ça en fait...Il me semble que la fidelité à ceux qu'on aime conduit inévitablement à ce genre de situation. Affronter la souffrance, le malheur...Il faut alors aimer, encore plus qu'avant. Continue à aimer, Gaspard, sans trop de tristesse, c'est tout ce que je peux te souhaiter. Pour V.

Ecrit par : Bruno | vendredi, 21 septembre 2007

Bruno a raison, continue à aimer, tu as l'air doué pour cela.

Ecrit par : tiphaine | dimanche, 23 septembre 2007

Lu dans le Courrier international:

Dieu traîné en justice

Un politicien américain a porté plainte contre Dieu pour terrorisme. Le Créateur sème "la mort et la destruction et terrorise des millions et des millions de Terriens" ; il cause "des tremblements de terre colossaux, des inondations effroyables, des ouragans atroces, des tornades terrifiantes, des famines terribles", plaide Ernie Chambers. Selon le parlementaire du Nebraska, le Tout-Puissant peut très bien être jugé dans cet Etat, puisqu'Il est partout. Et, Dieu étant omniscient, il n'a pas à L'informer de sa procédure. Ernie Chambers réclame une mise en demeure permanente, sommant Dieu de mettre un terme à ses activités malfaisantes et à ses menaces terroristes. Par ce procès, le parlementaire entend dénoncer une législation permettant d'intenter les poursuites les plus futiles, indique le magazine Wired.
Claire Maupas

Ecrit par : Pascale | dimanche, 23 septembre 2007

@bruno, je pense un peu la même chose, il y a un très gros bordel sur le bureau de dieu ... il y a avait là, le dossier du petit Nicolas S. dont il devait s'occuper, et il a tout mélangé ... comme toujours. Où alors, c'est qu'il est schizophrène et qu'il se prend pour le diable ... même Mère Téresa avait renoncé à comprendre, alors ...
@Pascale, on finira bien par avoir la peau de dieu, de toute façon ... cet ahuri ne se doute même pas, qu'il dépend de l'être humain pour exister.

Ecrit par : Gaspard | lundi, 24 septembre 2007

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